Enseignant ?
copyright 2007 - D.Leblanc
Accueil
Le QI
Etes-vous surdoué ?
Sûr d'être surdoué !
Ca se soigne ?
Pas surdoué ?
Adulte surdoué ?
Dans la jungle des appellations
Parent ?
Enseignant ?
Un mutant ?
Créativité
Textes officiels
Foire aux questions
Liens utiles
Lexique

                                                                                                                                                          Dominique Leblanc - 2012 - collège Mangin

Vous êtes un enseignant qui s'intéresse aux enfants précoces

 

         L'école est globalement peu adaptée, quoiqu'elle en dise, à la différence ; c'est aussi vrai pour les élèves lents que pour ceux qui sont rapides. Les DYS bénéficient parfois d'un plan d'aide personnalisé (les PAI, qui n'ont d'ailleurs pas encore été sérieusement évalués en terme de "rentabilité" scolaire), jamais les enfants précoces. Pire : loin de voir reconnaître leurs difficultés par l'institution, ils sont sommés de réussir mieux que les autres, et rendus responsables de leur échec lorsqu'ils ne parviennent pas à s'adapter.

      Cela étant, il ne faut pas en vouloir à l'école, qui a déjà bien assez de difficultés comme ça. L'enseignant travaille pour le public "moyen" qui constitue 80% de sa classe, au minimum. Et c'est normal, s'il veut faire avancer le plus grand nombre rapidement.
    La classe, de ce fait, fonctionne comme un moule : les programmes sont faits pour ce public dans la norme. L'hétérogénéité est pour l'enseignant un problème généralement éludé. Disons même : une source de problèmes supplémentaires, et toutes les bonnes intentions du monde n'y changeront rien.
Le principe des cycles devait permettre de gérer mieux cette hétérogénéité induite par la massification de l'enseignement.
Qu'en est-il ? Je n'ai pas vu de bilan, mais les frontières entre  (par exemple) CP/CE1 et CE2, qui forment un cycle,  ne semblent pas spécialement poreuses, alors qu'elles devraient l'être.

 

   Concrètement, il n'y a jamais ou presque, de saut de classe au niveau de la plupart des  collèges, même lorsqu'à l'évidence ce serait bénéfique pour l'enfant. J'ai vu refuser le saut de classe, "pour des raisons de principe", "pour ne pas créer de précédent", à des enfants d'âge normal dont la moyenne générale dépassait sans effort les 18 et qui visiblement s'ennuyaient.

 

    Les parents de surdoués aussi peuvent se montrer "inadaptés" au point de refuser l'idée même d'une différence ! on veut un enfant standard (mais en mieux), "comme les autres", avec un réseau de copains, autonome, propre dès 3 ans, bon en foot, bon en maths ; bref, un parfait petit adulte qui organise à 8 ans son anniversaire sur son réseau Facebook en dictant à ses parents la liste de ses desiderata...

      Rejoignant "l'enfant au centre" de l'Education Nationale, on a "l'enfant au centre de sa famille et de sa société". Plus intelligent, plus "malin" ça oui, on veut bien. Mais intelligent "autrement" peut inquiéter.

 

    Un petit alien égaré dans les marges qui s'obstine à être différent, cela peut ne pas être accepté facilement, même par sa propre famille.

       Les parents ont vu à la télévision, ou entendu parler de "petits génies" capable de réciter le calendrier grégorien des origines à nos jours : ils assimilent "surdoués" et "génies" (aussi extravagant que puisse être le talent particulier des génies en question). Ce genre de personnalités, souvent aux marges de l'autisme, étant plutôt rares, ils ne voient pas de relation avec leur petit chérubin qui, lui, est bien loin de maîtriser 15 langues, à commencer par la sienne...

     Mais, si le talent n'est pas détecté par les tests, le QI peut l'être très facilement. Pourquoi se priver de cet outil ?

 

    Beaucoup d'enseignants qui s'intéressent aux surdoués ont une bonne raison de le faire, familiale souvent. Il n'y a aucune information particulière qui nous serait donnée « automatiquement », institutionnellement,  sur les enfants précoces (pas plus que sur les autres enfants "différents"), hormis parfois un conférencier qui viendra donner une information s'il y est invité, ou une circulaire tous les dix ans. Ce qui n'est d'ailleurs pas rien : c'est une conférencière venue au collège Mangin qui m'a donné l'envie de m'intéresser aux enfants précoces.

     Un peu de pommade corporatiste au passage : il semblerait qu'il n'y ait que fort peu d'enseignants dont le QI ne soit pas au moins égal à 110 ;-), tout  comme celui de n'importe quelle personne ayant réussi des études supérieures.

 

 

 

    Vous vous demandez si vous avez un surdoué « à problème » dans votre classe. Comment le repérer  ? 

 

 

-   Un enfant attachant, fin, curieux, qui aime discuter avec vous et parle bien de sujets variés mais dont les résultats sont médiocres...
Ou, au contraire en apparence, un enfant qui répond toujours même et surtout quand vous ne lui demandez rien, qui vous hérisse, qui semble vous défier (oui, il vous provoque. Résistez patiemment, il sera moins pire l'année suivante).


-   Qui semble un peu isolé par rapport à ses camarades.

-       Qui, bien qu'assez inattentif en classe, donne régulièrement la bonne réponse, et est le seul...

 

-   Un enfant qui peut avoir de bons résultats, mais dont le carnet de correspondance est ce que j'appelle un « bureau des pleurs » : « a encore oublié son devoir, sa punition, son matériel », « n'écoute pas, dérange par son agitation » etc.

 

       Statistiquement, avec 500 000 surdoués en France, vous en avez en moyenne un ou deux par classe ; je rappelle que ce n'est pas écrit sur leur nez, et qu'aucune lumière ne vient nimber un front qui serait plus large que celui des autres. N'espérez pas les identifier à vue, vous avez deux chance sur trois de vous tromper (Etude Walton, 1961 : "il y a confusion entre la réussite scolaire et l'aptitude scolaire")

 

     Inutile de chercher à deviner "où est Charlie, l’enfant précoce", si tout va bien, si tous vos élèves réussissent.
Ce n'est pas chez vos bons, voire très bons élèves qu'il faut chercher vos surdoués. Vous les y trouveriez peut-être, mais vous trouveriez surtout les enfants à QI de 110/125 qui formeront par la suite la majorité des 15% de cadres que compte le pays (et qui sont le public "idéal" de la plupart des enseignants).

 

      Ce qui nous intéresse ici, c'est l'enfant ayant un grand potentiel, qui l'ignore, dont les parents ignorent les capacités, et qui s'englue dans la médiocrité scolaire et l'autodénigrement. Le moment de tous les risques, pour celui qui a survécu à l’orientation de fin de troisième, c'est l'entrée en seconde.
    Implicitement, je pars du principe qu’un surdoué doit faire des études  pour pouvoir fonctionner de manière optimum.
Embringué dans des études professionnelles subies et non choisies, il moulinera comme un moteur de Ferrari posé sur une brouette !

 

   Vous ne pouvez évidemment pas lui faire passer un test de QI vous-même, mais, à l'occasion d'une rencontre avec les parents, vous pouvez leur suggérer de le faire tester.
Vous pouvez aussi en parler avec le médecin scolaire, ou avec le psychologue RASED si vous avez la chance d'en avoir un dans votre établissement. Vous pouvez parfaitement demander à ce psychologue de confirmer par un test ce que vous percevez comme une précocité.

Attention aux psychologues privés, il semble que l'on trouve dans cette profession tous les degrés de formation, et donc de compétence.

 

    Dès trois ans, un enfant peut être testé. En aucun cas, cela ne peut faire de mal.

 

     Faut-il faire part à l'enfant de vos "soupçons" de précocité ? à priori non, ce n'est pas votre travail, vous n'êtes pas psychologue.

     Cela dit, votre questionnement n'est pas illégitime, il fait partie de votre travail d'enseignant, au sens large ; alors, suivant le profil de l'enfant, suivant surtout son contexte familial et le répondant des parents, le degré de confiance établi et avec beaucoup de prudence, peut-être est-il effectivement possible d'aborder le sujet avec lui, ne serait-ce qu'en lui demandant s'il a déjà été testé (ce à quoi il répond en général que oui et que son âge mental est de 68 ans...sur Nintendo DS !)

 

     Mais attention : face à un cours qui les ennuie, de nombreux élèves manifesteront des troubles de l'attention. Evitez d'en conclure que ce sont forcément des enfants précoces ou hyperactifs ! La distraction est une lutte contre l'ennui.

De même, un enfant peut-être momentanément perturbé par une situation familiale grave (par exemple) au point que cela influe considérablement sur ses résultats et sur son comportement .

 

Bon, maintenant, vous en tenez un, un vrai, un beau spécimen validé par l'institution. J'en ai eu un comme ça en sixième – mon premier « cas » avéré - il y a une dizaine d’années, à une époque où je croyais moi aussi que tous les surdoués ne pouvaient être que des bons élèves.

      En deux mois, il m'avait démoli la classe et le moral. Accumulant les problèmes avec les professeurs, il est parti peu après de l’école pour suivre un enseignement à distance avec le CNED.

Maintenant, ma réaction serait très différente, et je suppose que tout se passerait mieux.

 

 

Que faire avec votre spécimen ?

 

En vrac, voici quelques pistes :

 

- ne renoncez pas à l'interroger sous prétexte "qu'il sait tout".

 

- les enfants précoces ont besoin de voir un sens dans ce qu'ils font : veillez à rester concret.

 

- un contenu scolaire présenté avec humour est mieux retenu (Etude Avner Ziv). Vous pouvez faire des blagues presque uniquement à son intention en fait, il sera souvent le seul à les saisir et ça instaurera une certaine « complicité » propice au dialogue. Pensez bien qu’il vous teste, lui aussi !

 

- n'hésitez pas à discuter avec les parents de l'intérêt de le faire avancer plus vite, même s'il semble immature. Au baccalauréat, les élèves qui réussissent le mieux, au niveau des mentions, sont les plus jeunes : 16/17 ans au lieu des 18,5 ans de moyenne d'âge des bacheliers.

 

- donnez du crédit aux tests, donc aux parents qui vous en parlent. Ecoutez-les : ils connaissent leur enfant mieux que vous.

 

- n'insistez pas trop sur son écriture (mais essayez de la lui faire personnaliser), sur son manque de soin en général.

 

- si possible, constituez une équipe (PAI, Plan d'Aide Individualisé) autour d'un projet ; un enfant tout seul peut très bien constituer un "projet", avec une équipe de deux ou trois personnes (enseignants, psychologue, etc..). On le fait bien pour les dyslexiques, entre autres, et il y a parfois de l'argent pour ça.
Cela étant, un PAI peut avoir exactement l'effet inverse de celui escompté : il peut installer l'enfant dans le rôle de la victime qui a besoin d'être soutenue et démolir son estime de soi. Je ne parle pas des PAI qui permettent à un enfant handicapé (en fauteuil par exemple) de suivre une scolarité normale.
A réserver aux cas très graves, lorsqu'il n'y a vraiment rien à perdre.

 

- Une solution, c'est, peut-être (?) des sections particulières, genre sport-étude. Malheureusement, les établissements scolaires proposant ce type de structure alternative aux précoces sont très rares, particulièrement dans le public. L'établissement le plus fameux - et de référence -  restant l'école Las Planas, qui fonctionne à Nice depuis 1988.
De plus, la composition de ces classes peut difficilement être homogène (ou alors elles ont peu d'effectifs) : on va y trouver des précoces, mais aussi des enfants atteints de problèmes divers que l'on met là parce que l'on ne sait plus où les caser.


     "Des études récentes menées auprès d'élèves ayant fait partie de classes de surdoués, révèlent qu'une forte majorité de ces derniers aurait préféré ne pas y aller. A l'inverse, beaucoup d'élèves à haut(s) potentiel(s) qui ont suivi un parcours classique, tout en bénéficiant d'un accompagnement  personnalisé et d'un projet individuel, se montrent plus motivés que les autres élèves" (études réalisées auprès de 530 enfants en 2010, source CNAHP).