Parent(s) de surdoué(s) ?
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  Dominique Leblanc - 2012 - collège Mangin

Vous êtes parent(s) d'un ou plusieurs surdoués

     Déjà, demandez-vous si vous l'êtes aussi : il est fréquent qu'un parent de surdoué le soit également (il y a une composante génétique). Mais pour vous, qui êtes inséré socialement, qui avez une vie de famille, un métier sans doute, le problème ne se pose pas dans les mêmes termes que pour votre enfant : lui reste à construire.

        Mais : comment le reconnaître comme surdoué, sachant que son QI n'est (heureusement) pas tatoué sur son bras et qu'il n'a généralement pas un sixième doigt ?
      La seule observation visuelle ne donne pas d'indication fiable. Qu'il soit à l'aise, cultivé, féru de lecture, apprenant vite ne suffit pas non plus à faire d'un enfant perfectionniste, au QI de 120, un surdoué, alors qu'un enfant discret, parlant peu, mauvais élève, peut en être un.

Lisez par exemple ce passage du livre "chagrin d'école".

 

    Surtout ne pas confondre le très bon élève et le surdoué, ce sont deux mondes différents. L'un est normatif, l'autre non. (Mais un très bon élève peut aussi être surdoué).


 

    Attention aussi à l'effet pygmalion, qui menace parents et enseignants : il peut suffire d'avoir décrété qu'un enfant est précoce pour que celui-ci se mette tout à coup à briller intellectuellement. Le cerveau a ses raisons que la raison ne connaît pas.     

 Voici cependant quelques indices assez fiables, surtout s'ils se cumulent.

 

- le développement psychomoteur est souvent (mais pas toujours) rapide. Il marche vite, parle vite et surtout très correctement.

 

- il dort peu, même petit.

 

- il écrit mal, par rapport à l'oral et à la lecture.

 

- sa mémoire vous surprend.

 

- il pose beaucoup de questions, dans des domaines parfois inattendus.

 

- sa capacité de concentration, sur un problème qui l'intéresse ou lorsqu’il lit, est très importante.

 

- il est très fort pour comprendre les plans en deux ou trois dimensions (appareils complexes, origami, logiciels de construction en 3D comme Blender). Il adore démonter les choses.

 

-  il est plutôt à l'aise en maths et en technologie, et c'est parfois à peu près tout : en principe, un fort potentiel dans un domaine devrait pourtant pouvoir s'exprimer dans toutes les matières. Si ce n'est pas le cas, c'est qu'il y a blocage ou lacune.

 

Cela, c'est de plus quand tout va « à peu près » bien. Parce que s'il peut être super doué en lecture ou en maths, il peut être aussi super-pénible, super-cancre, etc...

De toute façon, il sera « trop » ou « moins » quelque chose, il y aura toujours déséquilibre dans un sens ou dans l'autre.

 

Quels sont les risques ?

 

- Des problèmes scolaires, plus ou moins rapidement (dans 70 à 80 % des cas, ce sont des garçons).

 

- des problèmes relationnels (il est rejeté).

 

- des pathologies, comme la dépression ou la phobie scolaire (les filles seraient plus concernées).

 

-  des conduites anti-sociales, addictives.

 

- l'inhibition intellectuelle (ou anorexie intellectuelle).

 

- la culpabilité à l'heure des bilans ("j'avais tout pour réussir et j'ai tout gâché"), l'autodépréciation.

 

Que faire pour lui ?

 

      Inutile, bien que ce soit tentant, de le voir comme un E.T, un « éléphant man de l’esprit » quasi-condamné à végéter tristement dans le cruel royaume des humains bornés...

 

     Souvent, rien à faire de particulier : beaucoup d'enfants surdoués vont très bien, réussissent parfaitement et en tout. Néanmoins, pour ces enfants là plus encore que pour les autres, la stabilité de l'environnement affectif est fondamentale. Il aura par exemple le plus grand mal à surmonter le divorce de ses parents.
Donc, évitez de divorcer ou de mourir trop jeune !

    Accompagnez-le dans sa découverte de la vie, développez son intérêt pour les sciences complexes, faites lui faire de la musique, du point de croix ou de la plomberie, inscrivez-le dans un club d'échecs, bref : nourrissez abondamment son cerveau, vous avez peu de risques "d'en faire trop avec lui", comme on vous le reprochera probablement dans votre entourage :

 

"Mais un enfant doit vivre sa vie d'enfant, et pas passer son temps à lire" entendrez-vous peut-être. Ou bien : "Vous lui faites faire beaucoup trop de choses à la fois, il va être submergé !"

 

    N'en tenez pas trop compte, le chéri flotte bien : il a la capacité de trier l'information, et, rappelons-le, il est fondamentalement multi-tâches. Mieux, il a besoin de réfléchir dans plusieurs directions à la fois, pour pouvoir ensuite relier des données apparemment hétérogènes mais qu'il parviendra à synthétiser. C'est la source de la créativité.

 

    Maintenant, si vous craignez que des problèmes apparaissent plus tard et que légitimement vous souhaitiez les anticiper : vous avez raison. Quand les problèmes du précoce apparaissent véritablement, au niveau du collège en général, il est peut-être bien tard pour agir, c'est en amont qu'il faut le faire, dès l'âge de 5 ou 6 ans.

 

Comment anticiper?

 

      D'abord et avant tout, faites faire un diagnostic par un spécialiste, et même par deux si possible. Un spécialiste, c'est un professionnel agréé, un psychologue scolaire par exemple. Leurs tests sont rigoureux, ils vous donneront des éléments fiables (qui peuvent être très contrastés suivant le profil de l'enfant : il n'y a pas un modèle unique d'enfant précoce).

 

Ensuite, une fois que "vous êtes sûr, c'en est un !" :

 

Faut-il le dire à l'entourage ? à mon avis non. A part le père et la mère, inutile de claironner le QI de votre enfant, vous n'avez rien à y gagner et lui encore moins. Enfermé trop tôt dans une catégorie, il risque d'être perçu comme une sorte de petite "curiosité", alors qu'il a besoin de normalité. Quand à vous, vous risquez surtout de rencontrer l'incompréhension, les idées toutes faites, et si - comme probable -  les résultats du "petit génie" ne sont pas à la hauteur du QI annoncé, la moquerie. Pour lui, la culpabilité, pour vous la suspicion  de "coaching" ; nous connaissons la tristement célèbre définition de Jean Cocteau (un précoce-type, pourtant) : "un enfant surdoué est un enfant dont les parents ont beaucoup d'imagination".


       Par contre, d'autres parents informés, ayant le même "problème" seront une source précieuse d'échange...et de rigolade. Déjà, vous vous sentirez moins seul. Vous en trouverez ici : http://adulte-surdoue.fr/

 

          Rencontrez sans hésiter les professeurs : la majorité est assez intelligente pour comprendre et accepter la particularité de votre enfant ; même s'ils connaissent peu en général  le problème des enfants surdoués, il est bien rare qu'ils n'en aient pas au moins entendu parler.

       Rencontrez-les quand vous craignez l'apparition de problèmes scolaires, ou dès les premières manifestations de troubles, de dysfonctionnements. Faites-le dès le mois d'octobre, lorsque le maître (ou le professeur) aura pris une certaine mesure de l'enfant et commencera à se poser des questions.
Ne posez surtout pas votre enfant en victime, mais essayez de faire comprendre que sa manière d'être n'est pas un comportement délibéré tourné contre le prof.

      Méfiez-vous, même lorsque les résultats semblent bons ou très bons avant la sixième, même si l'enfant semble autonome à la fin du CM2. L'école primaire pratique souvent une "évaluation positive", tournée vers l'enfant, et la quantité de travail exigé est parfois insignifiante en dehors de la classe ; un enfant intelligent peut parfaitement faire illusion quelques temps, avoir les petites croix qui évaluent ses compétences à peu près aux bons endroits sur des « bulletins » à rallonge où tout concourt à ne pas traumatiser l’élève et ses parents.


     Lorsque vous vous rendrez compte qu'il écrit n'importe comment et distingue à peine l'unité de la dizaine à la fin du CM1, l'affaire sera mal partie !

 

(D'après Terrassier, pour faire "réussir" le plus d'élèves possibles au moins jusqu'au niveau 3ème, l'école abaisse ses exigences pour pouvoir intégrer les QI 85. Il faut actuellement 20 fautes pour avoir zéro, là où 5 suffisaient il y a quelques années).Le niveau d'une troisième standard aujourd'hui, d'après plusieurs études, correspond au mieux  à celui d'une cinquième d'il y a trente ans (l'une des raisons étant que n'arrivaient au collège en 1980 que les élèves au pire "moyens").

 

« Tout corps plongé dans un bocal de cornichons tend à devenir un cornichon »

 

      Il faut bien comprendre qu'un surdoué haut de gamme dans une classe, c'est un peu comme un enfant "normal" dans une classe de déficients mentaux (Terrassier, toujours). Soit il reste isolé, soit, par mimétisme il adopte le comportement des autres : bref, il se déguise en imbécile, et malheureusement il sait faire ça très bien. S'il peut cependant devenir leader positif, au primaire, il sera plutôt leader négatif au collège. 

    Attention cependant : si avoir des problèmes à l'école est fréquent chez les surdoués, il faut garder en mémoire qu'un tiers des enfants en retard à la fin du CP ont un QI inférieur à 100.

 

    La configuration idéale, c'est lorsque, dans le cadre des RASED (hélas en voie de disparition), l'établissement dispose d'un psychologue à demeure qui pourra interagir avec le maître pour aider l'enfant. Pensez bien que celui-ci peut poser de GROS problèmes à son ou ses enseignants, qui ont une classe entière à gérer et par forcément envie de perdre leur temps avec un gamin désorganisé, qui perd ses affaires, se dispute avec ses  camarades, passe son temps à faire tomber ses outils de travail, arrive trop tôt ou trop tard mais jamais quand il faut, à l'air intelligent, mais échoue dans des exercices tellement simples que c'est à croire qu'il le fait exprès (ce n'est pas le cas, bien qu'il puisse aussi se montrer provocateur).

 

Faut-il le lui dire ? Il est plus difficile de répondre à  cette question. Ce n'est sans doute pas nécessaire, mais vous pouvez juger que cela lui sera profitable. Dans ce cas-là, allez-y très prudemment, en douceur, par petites touches. Pas de déclaration grandiloquente : "Ma fille, tu es un génie, tout s'explique ! Tu n’as plus qu’à ouvrir tes ailes de géant(e), et l’avenir sera radieux"

Par contre, reliez les difficultés dont il a conscience, ou dont il serait bon qu'il ait conscience, à ce que vous savez des particularités des enfants précoces.


Encore une fois, se connaître ne peut pas faire de mal, et peut aider à s'accepter.
Mettre des mots sur des maux est souvent nécessaire.

 

     Développez l'estime de soi de l'enfant. Encouragez les réussites, minimisez les échecs. Je sais, ce n'est sans doute pas facile de rester zen devant une moyenne générale en chute libre et l'apparente indifférence du petit zèbre à vos légitimes préoccupations de parents...

 

      Evitez autant le dénigrement ("Puisque tu es si malin parait-il...") que l'enthousiasme excessif si ça marche bien.

 

    Evitez de ne parler que de l'école, vous risqueriez de couper la communication avec lui. Autre risque : que l'enfant comprenne que ses parents ne peuvent pas le comprendre (Terrassier), et qu'il s'isole encore plus dans sa bulle, ce que le psychiatre Alain Gaubert appelle "le complexe de l'albatros" en référence au vers de Baudelaire "ses ailes de géant l'empêchent de marcher".

Pensez bien qu'un EHP est tout à fait assimilable à un DYS (A.Pouhet). Dans des cas sérieux, d’ailleurs, une psychothérapie peut être envisagée.

 

   N'hésitez pas à lui faire sauter une, voire plusieurs classes, même si sa maturité n'est pas à la hauteur de son intelligence. Appuyez-vous sur les textes de lois si nécessaire (voir annexe). Sauter le CP ne présente pas de risques (étude Laurence Rieben).
D'un autre côté, avoir son bac à 16 ans présente assez peu d'intérêt.

 

Cependant, n'oubliez pas : il doit, comme tout enfant d’ailleurs,  respecter VOS lois. Vous pouvez les expliquer, mais pas les négocier ; bonnes ou mauvaises, vos décisions doivent être appliquées, ne vous laissez surtout pas manipuler ("tu sais papa, si je veux des baskets rouges, c'est surtout pour ne pas me faire remarquer dans le groupe social qui est momentanément le mien !"). Cadrez-le.

 

Il y a des petits trucs aussi :

 

   Il faut qu'il tripote tout le temps quelque chose ? Avec l'accord de l'enseignant, qu'il ait une balle anti-stress à malaxer en classe. Ca fait moins de bruit en tombant que la règle.

    Une feuille de suivi que vous faites vous-même, et que l'enfant doit faire remplir chaque fin de journée par le professeur est également un instrument qui l'aidera à évaluer sa propre progression. Il faut faire simple,et ce n'est guère possible au delà du primaire.

 

     Si, comme c'est souvent le cas, l'école donne peu de devoirs, faites-le vous-même. Bien sûr, cela exige une certaine disponibilité, ou, si vous en avez les moyens financiers, un soutien scolaire à domicile. Il faut lui donner, de toute façon, "du grain à moudre"...

 

Mais les cas "graves" ?

 

   Il y a pour les cas extrêmes, les enfants littéralement ingérables à l'école, la solution de l'enseignement à distance (CNED). C'est bien sûr l'ultime recours. J'ai aussi connu des parents qui ont choisi de faire l'école à la maison, jusqu'à la sixième, comme la loi le permet (il y a des conditions à remplir). Evidemment, cela demande une disponibilité totale, et un bon réseau d'entraide, et c'est là encore une décision difficile à prendre.

Peut-être avez-vous la chance d'avoir à côté de chez vous l'une des rares écoles spécialisée dans l'accueil des enfants précoces, comme Notre-Dame de Sion à Strasbourg, ou le Lycée Michelet à Nice ? Contrairement à d'autres pays, il n'y en a malheureusement que peu en France. Sachez quand même que les enfants qui y ont été scolarisés auraient préféré ne pas l'avoir été, d'après une étude de 2010.

 

Une remarque au passage : il est étonnant de remarquer à quel point les surdoués s'attirent mutuellement.

 


Il est possible, pour paraphraser Freud, que "quoique vous fassiez, vous fassiez mal". Mais ne rien faire, dans le cas d'un précoce "type", c'est la quasi-certitude qu'il y aura des problèmes graves.

Lisez cet extrait du livre "l'enfant doué", d'Arielle Adda et Hélène Catroux.