ZDOC Surdoués, la surenchère
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      Je ne prends pas partie pour ou contre ce texte; il est là parce qu'il présente un point de vue critique sur la perception des surdoués dans la société et peut aider à se forger une opinion.

Sophie Carquain "surdoués : la surenchère !"   lefigaro.fr - 29/08/2003 

   "À peine s’est-il montré un tantinet malin que l’on crie au génie. Et de filer chez un spécialiste pour faire évaluer son Q.I. Résultat : des enfants surdoués à foison, des vrais et des faux. Rien de très enviable, dans les deux cas. Démonstration.

C’est bien connu, chaque maman a hérité du plus beau, du plus fort ; d’un petit Einstein ou d’un futur Mozart, qui parle plus tôt que les autres, sait compter et écrire avant ses copains. Mais, aujourd’hui, c’est toute une société qui fantasme sur l’enfant à fort Q.I. (quotient intellectuel). Les lignes d’Inter-Services Parents crépitent, et la personne en charge des affaires scolaires de SVP est débordée par les coups de fil perso de mamans en quête d’une “ autre école ” pour leur rejeton, forcément plus brillant que les autres.

Depuis quatre ou cinq ans, le phénomène du précoce a été surmédiatisé, confie Nathalie Barbeau, coordinatrice du secteur scolaire à l’École des parents. Et vous n’imaginez pas combien d’appels nous pouvons recevoir suite à une émission de télévision sur le sujet. Tous les parents ont l’impression de reconnaître leur gamin !

      Les psychologues croulent sous les demandes d’évaluation de Q.I. Il faut dire que le créneau est lucratif, à 150 € la séance au minimum, difficile de refuser un client ! Les parents qui ne souhaitent pas consulter pourront piocher quelques tests dans un petit livre qui vient de sortir aux éditions First : “ Calculez le Q.I. de votre enfant ”. Livre d’époque s’il en est.

Il y a de l’abus, confirme Marie-Claude Blavouet, une psychologue qui réalise les fameux tests de Wechsler permettant de déterminer le Q.I. Il m’est arrivé personnellement de refuser de tester des enfants de trois ans, parce que je sentais derrière une demande narcissique de la part des parents. ”

Vrais stimulés et faux surdoués

      C’est vrai, il y a du Narcisse derrière tout cela. Mais peut-être pas uniquement. Assistons-nous à l’émergence d’une génération de “ petits intellos ” forts en thème ?
Peut-être, répond la psychologue Martine Gruère. Mais tout dépend de ce que l’on entend par “précoce”. Les enfants sont en effet plus précoces qu’avant, car archistimulés par leurs parents. Mais cela n’a peut-être pas grand-chose à voir avec le quotient intellectuel ! ”

Au fond, peut-être s’agit-il d’une précocité sociale :
“ Je suis frappée de voir à quel point on s’ingénie
à faire grandir les enfants plus vite
, poursuit Martine Gruère. Cet entraînement débute même au berceau ! En cause : l’effet Dolto “mal digéré”, la psychanalyste ayant préconisé que l’on parle aux nourrissons... Mais peut-être pas comme à des adultes. Plus tard, c’est encore plus évident, ajoute Martine Gruère. Regardez les enfants et les parents en route vers l’école, le matin. On croirait entendre deux adultes en train de discourir sur l’état du monde. ”

    Ce mouvement d’“ adultisation ” de l’enfant, très centré sur l’acquisition du langage et du vocabulaire, fabrique des gamins qui, à trois ans, parlent comme le “ Petit Larousse ”.
       
D’où, en toute logique, l’interrogation des parents : mon enfant serait-il, par hasard, précoce ? D’autant que c’est tellement gratifiant...“ On évolue dans une telle angoisse face à l’avenir et au cursus scolaire que l’on exhibe un 130 ou un 140 comme un premier diplôme ! ” lance Nathalie Barbeau.

    Cette traque au surdoué serait donc révélatrice d’une anxiété et d’une culpabilité des parents : “ Ils sont extrêmement stressés par les notes, poursuit la coordinatrice de l’École des Parents. Et quand ils voient un accroc sur le bulletin, ils se déculpabilisent en disant : “Ce n’est pas ma faute. Il est précoce !”
Même chose quand le gamin tourne au petit rebelle : on ressort l’alibi de la précocité, sous prétexte que ces enfants-là ont du mal à suivre les consignes et les méthodes de l’école. Mais peut-être le gamin, à défaut d’être surdoué, manque-t-il tout bonnement de limites et d’éducation ?

Difficile parfois pour un parent d’entendre la vérité, à savoir : “Le vôtre n’est pas particulièrement précoce.” ”Certains refusent d’ailleurs les résultats" du bilan, comme le signale William Seck, professeur de physique dans une école privée spécialisée dans les “ forts Q.I. ” : “ Contrairement à ce que l’on prétend, tous mes élèves ne sont pas dotés d’un Q.I. de plus de 130. Certains se retrouvent là parce que les parents les ont traînés de psy en psy et de test en test, dans l’espoir d’obtenir une réponse positive. Résultat : les enfants finissent par connaître ces tests par cœur. Et se retrouvent épinglés à tort comme surdoués."

Gorgés d'humour et de culture

    Il n'empêche que les vrais précoces existent: 400 000 en France, soit 2 % de la population. Sophie Côte, présidente de l'AFEP les connaît bien. "Ce sont des enfants brillants, bourrés d'humour et de culture. Mais qui ont un mal fou à suivre une méthode de travail. Ils veulent arriver au résultat, mais sans passer par la case "effort". » Évoluant dans le fantasme de toute-puissance, d'après le mot de la psychologue Marie-Claude Siavouet, et habitués à tout obtenir en claquant des doigts, ils se retrouvent parfais le bec dans l'eau en troisième ou en seconde au moment où, précoce ou non, on doit commencer à "transpirer" sur sa copie pour arriver à un résultat."

     D'où le fameux échec scolaire que 20 % d'entre eux rencontrent au cours de leur scolarité : "Ils sont très flemmards, note l'un de leurs professeurs à l'école prépa sciences Ipecom, certains ne sont même pas assurés d'avoir le bac."
On comprend donc la confusion entre cancre et précoce, savamment entretenue par certains parents ...
Pourtant, là encore, les différences sont notables. "Dès le berceau, prétend Sophie Côte, les bébés précoces sont doués d'une attention et d'une concentration supérieures à la moyenne. Ils sont capables de regarder leur mobile pendant de longues minutes."

    Plus tard, ce sont des "éponges" qui intègrent tout. Un enfant "standard" a besoin qu'on lui répète six ou sept fois une notion pour l'apprendre. Le petit précoce va l'intégrer parfaitement en une seule fois. Aujourd'hui, les écoles sous contrat se multiplient (une soixantaine) pour essayer de mieux prendre en charge ceux que l'on appelait jadis les "surdoués". Et l'Éducation nationale vient de sortir une circulaire préconisant de faire plus de cas de ces enfants doués : "Je suggère pour ma part un saut de classe en maternelle, et un autre en classe élémentaire. Avec deux ans d'avance, ils ont de quoi "se nourrir", note Sophie Côte.

C'est en ce sens là qu'il importe de distinguer un vrai d'un faux précoce. Car un "vrai-faux surdoué" s'essoufflerait à suivre ainsi un rythme qui n'est pas le sien et finirait par déprimer."

À lire :

"Petit précoce est devenu grand", de Sophie Côte, éditions Albin Michel.
"Pièges à parents ", de Philippe Scialom, éditions de l'Archipel.